Trois sujets sur les 250

Politesse

Pousse-toi de la que je m’y mette….

Je, tu, ils, nous, vous, ils l’ont tous fait, les plus de 40 ans qui se déplaçaient en transport en commun (métro, bus ou train), parce qu’il aurait été simplement inimaginable de ne point le faire : se lever, quand on était jeune, pour céder sa place assise aux personnes les plus âgées, aux femmes enceintes ou aux handicapés.

Bien peu nombreux sont ceux qui accomplissent aujourd’hui ce simple geste de respect. L’un fera semblant de ne pas voir, l’autre restera plongé dans sa lecture, un autre encore perdu dans la musique de son baladeur….

Tous nous rappellerons cruellement qu’il ne fait pas très bon être vieux, femme enceinte ou handicapé aujourd’hui.

« Il faut qu’un homme ouvre les portes aux femmes, toutes les portes, et le geste de politesse n’est pas seulement symbolique. Pour certaines femmes, l’homme est d’abord un portier. C’est lui qui tient les clés du monde. »

Françoise Paturier, Lettre ouverte aux femmes, Albin Michel, 1974

 

Infirmières

Tristesse des blouses blanches …..

Il est des professions dont ni les vicissitudes du temps, ni les mœurs nouvelles, ni les difficultés à les exercer, ne semble devoir atténuer l’aura ou amoindrir l’opinion positive que tout un chacun en a… Ainsi en est-il du métier d’infirmière.

Nous avons tous, à un moment donné de notre vie, eu affaire à celles-ci, dans une chambre d’hôpital, sur une table d’opération ou dans un cabinet de consultation. Et nous savons donc tous ce que peut représenter de réconfort – de « rassurant » - la seule vue d’une blouse blanche… Elles sont les discrètes héroïnes de la vie d’un hôpital. Aux médecins le panache et le respect, à elles l’anonymat des tâches ingrates. Le praticien, lui dispose de trop peu de temps pour être vraiment présent auprès du malade, l’infirmière, elle, est là à chaque minute, à chaque instant. Quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit.

Longtemps, elles ont assumé en silence ce métier trop mal rémunéré, ces heures de présence trop extensibles, ce contact difficile et quotidien avec la maladie et la mort… Elles y parvenaient parce qu’on leur prodiguait alors un bien précieux, une sorte de chaleur humaine nécessaire à toute vie : le respect.

Mais tout a volé en éclat dans le grand foutoir moral du vingtième siècle ! L’infirmière d’aujourd’hui est traitée par l’Etat comme quantité négligeable, comme une simple variable d’ajustement des compressions de personnel, pas même digne de se voir décemment payée. L’infirmière d’aujourd’hui est considérée par trop de patients hospitalisés comme une domestique que l’on sonne, une femme de ménage à qui l’on commande, un sous-fifre qu’on peut se permettre d’injurier, de ce « petit personnel » qu’on finit par ne plus voir tant il nous est indifférent. L’infirmière d’aujourd’hui – on y assiste de plus en plus souvent – il lui arrive même maintenant d’être agressée, frappée, battue par des familles insatisfaites de tel ou tel soin, de telle ou telle décision médicale.

Il ne faudra pas verser des larmes de regret (et de crocodile) quand, lassées de tant d’ingratitude, elles ne seront plus assez nombreuses pour nous tenir la main à l’heure où nous en aurons vraiment besoin.

« Mme Tilleul soignait M. Tisane avec des infusions. Elle est poursuivie pour exercice illégal de la médecine. »

Le Figaro, 14 janvier 1961

 

Facteur

Quand la poste méprise le facteur… Humain

Aura-t-il fallu s’esclaffer aux facéties des préposés de Bienvenue chez les Ch’tis pour se souvenir tout soudain de ce que furent hier les facteurs, et du rôle qui était le leur ?

En dehors des grandes agglomérations, dés qu’on rejoignait les petits villages de campagne et leur hameaux avoisinants, le facteur fut pendant longtemps bien d’avantage – tellement plus ! - que celui qui venait remettre le courrier quotidien…

Car il remettait aussi les mandats, le facteur, la pension des retraités surtout, et c’était fête alors, soulagement enfin… Car il lui arrivait au facteur («  si on ne se donne pas un p’tit coup de main, où va-t-on ? ») d’apporter le pain quotidien ou quelques menus commissions dont les personnes trop isolées, trop âgées ou sans voiture auraient été privées sans lui… Car il prenait le temps, ce cher facteur, de passer cette porte qu’on lui ouvrait si volontiers pour « un petit verre » ou un café sur le pouce, « allez, je ne vous dérange pas plus longtemps, le devoir m’appelle… » Il faisait un peu partie de la famille à cette différence près que lui, on le voyait tous les jours, pas tous les 36 du mois… Car il était là par tous les temps, qu’il pleuve, neige ou vente, à pied, sur son vélo, parfois à mobylette ou, luxe suprême, à l’abri de sa petite voiture jaune.

Fini de rigoler… Modernité, efficacité, rentabilité ! Sa hiérarchie a décidée que le facteur n’aurait plus de temps à perdre à dire un mot aimable à l’une, à tailler une courte bavette avec l’un, à trinquer avec l’autre. Au lieu de ça, il lui faut maintenant, en plus du courrier, inonder nos boites à lettres de tous ces prospectus que la poste l’oblige à distribuer; la pub, ça rapporte quand même nettement plus que la gentillesse… Il lui faudra, à ce facteur, suppléer en plus à tous ces départs à la retraite qui ne seront pas remplacés… Fini aussi les mandats puisque notre époque a érigé le voleur en prétexte à tout abandons… Adieu, la demi-baguette déposée sur la table des petits vieux, ils n’ont qu’a manger du pain congelé, comme tout le monde…

A l’heure où de belles âmes feignent en haut lieu de s’émouvoir sur l’affaiblissement ou la disparition de ce trop fameux « lien social », l’Etat, en faisant passer la poste du statut Service public à celui de pompe à fric, donne une fois le plus triste des exemples.

 

Un site que je vous recommande à visiter
Un site que je vous recommande à visiter

Henri Vincenot est un écrivain français, également peintre et sculpteur, né à Dijon en 1912 et mort à Dijon le 21 novembre 1985.

Biographie

 

Henri Vincenot a passé son enfance dans une famille d'employés du chemin de fer, plus précisément de la compagnie du PLM. Son père était ingénieur à la voie, son grand-père paternel mécanicien, son grand-père maternel était garde-barrière à Mâlain (à 16 km à l'ouest de Dijon). La majorité de ses oncles étaient à la traction. Henri Vincenot a grandi dans le quartier cheminot de Dijon, le quartier des Perrières, proche de la gare de Dijon-Ville et du dépôt de Dijon-Perrigny.

Diplômé d'HEC, il a travaillé aux chemins de fer, puis comme journaliste au journal La Vie du Rail (anciennement nommé Notre Métier), dont il fut pendant plus de vingt ans l'un des principaux rédacteurs. À la fin de sa vie, il s'est retiré à Commarin (Côte-d'Or) où il a écrit la plupart de ses ouvrages.

Esprit de l'œuvre d'Henri Vincenot

L'œuvre d'Henri Vincenot est profondément marquée par son attachement à la Bourgogne. Il remet en valeur les anciennes pratiques païennes celtiques, tout en montrant à quel point elles sont intégrées dans la culture populaire catholique. Ses personnages, souvent truculents, parlent un langage fortement imprégné de bourguignon-morvandiau qui, d'après Vincenot, dérive tout droit du celtique. Les romans d'Henri Vincenot ne peuvent cependant le placer dans le groupe des écrivains du terroir tels que ceux de l'école dite de Brive. En effet, il développe dans chaque œuvre une réflexion sur la tradition, la civilisation, l'Histoire, qui ouvrent ses perspectives bien au-delà de la seule réalité bourguignonne qu'il se plaît tant à décrire. Henri Vincenot s'est fait le chantre de la civilisation lente, cette manière de vivre antérieure aux chemins de fers et à l'automobile. Certains de ses romans quittent l'univers bourguignon pour la Bretagne ou le Sahara.

Une autre partie de son œuvre, non moins importante, est consacrée aux chemins de fer, qui constituent son univers familial, univers dans lequel il a grandi à Dijon. En effet, il ne fréquentait étant jeune que des cheminots et enfants de cheminots comme son ami Marcel Dulot. Tous ses parents travaillaient à la compagnie du PLM.  


Résumé du livre « la billebaude »


Un soir, le grand-père d'Henri Vincenot rentre tard chez lui. Il prend sa brouette, un sac et fait signe à son petit-fils de le suivre. Après 45 minutes de marche dans l'obscurité, il lui demande de s'accroupir au pied d'un buisson et lui fait explorer le sol à tâtons. Dans les broussailles, les petits doigts de l'enfant découvrent le corps encore tiède d'un jeune chevreuil. Mais il faut vite le mettre dans le sac et l'emporter le plus discrètement possible, car son grand-père a tué l'animal en dehors des périodes de chasse.


Extrait de son livre « La billebaude »


Puisque j’en suis aux portraits de famille, il me revient que j’ai parlé de mes « six grand-mères ». On aurait tord de croire à une erreur typographique, aussi vais-je donner tout de suite des précisions, car, dans la suite du récit, vous ne vous y reconnaitriez certainement pas.

Je vivais le plus souvent chez mes grands-parents maternels Joseph et Valentine, dont je viens de vous parler abondamment, mais vivaient également dans la maison du bourrelier, sa mère, mon arrière-grand-mère, Anne, surnommée simplement Mémère-Nannette, la guérisseuse, qui avait alors quatre-vingt-cinq ans, je crois, puis la mère de ma grand-mère, dont le prénom était Claudine et que je nommais Maman Daudiche (Daudiche c’est Claudine en patois). Celle-là était âgée de quatre-vingt-dix ans. Dans le village tout proche vivaient mes grands-parents paternels, Alexandre et Céline, que j’allais voir souvent, avec leur mère, Mémère Etiennette, quatre-vingt-quinze ans et Mémère Baniche âgée de quatre vingt-douze ans, j’avais donc bien six grand-mères. Mais ce n’est pas tout ! Car j’ai conservé le meilleur pour la fin. J’avais aussi cinq grand-père, car en plus de mes deux grands-pères j’étais chaperonné par trois arrières-grands-pères. Un seul manquait à l’appel. Un laboureur, disait-on, qui était mort accidentellement pour être tombé à la renverse d’un char de paille vers les quatre-vingt-deux ans. A la fleur de l’âge, quoi !

Les trois survivants de l’Ancien Régime avaient respectivement quatre-vingt-dix, quatre-vingt-douze et quatre-vingt-quinze ans. En tout : onze aïeuls, et je vous prie de croire que je faisais, en fin décembre, pour les étrennes, une fameuse fricassée de museaux ! Onze vieux-qui-piquent à embrasser, car ils piquaient tous, les femmes aussi drument que les mâles ! Sacrée sinécure ! Mais rente appréciable, car si les uns ne me donnaient que des poires séchées ou une poignée de noix, les autres me glissaient dans la poche une pièce de bronze à l’effigie de Napoléon III et qui valait le dixième de l’ancien franc. Un seule, qui n’était pas le plus riche, tant s’en faut, me faisait cadeau en grande cérémonie d’un louis d’or, plutôt d’un napoléon, en me recommandant de n’en jamais faire la monnaie et de le garder dans ma tirelire jusqu’à la mort inclusivement.

Tout cela, pour dire, entre autres, à propos de chasse, deux choses : premièrement, que la jeunesse d’aujourd’hui aurait tort de s’imaginer que tout le monde, jadis, mourait de sous-développement à quarante –cinq ans, comme les astuces de la statistique tendent à le faire croire aujourd’hui. Secondement, que le genre de vie absolument primitif et aussi peu hygiénique que possible qu’avaient mené ces vieilles gens, ne conduisait pas à la déchéance, tant morale que physique. Mes vieux et mes vieilles avaient tous moissonné à la grande faucille, et la plupart se soutenaient encore chaque jour d’un bon bol de trampusse au ratafia, dont je me repentirais de ne pas donner ici la recette : verser un quart de litre de ratafia dans un bol, y tremper de grosses mouillettes de pain frais ou rassis selon les goûts et manger les mouillettes. Comme on voit, cela n’est pas boire puisque l’on se contente de manger le pain et que c’est lui qui a tout bu. Quand au ratafia, mon grand-père disait : c’est la boisson la plus saine qu’on puisse imaginer car on la fait en versant un quart de marc à 55° dans trois quarts de litre de jus de raisin frais. Le jus de raisin ainsi traité se conserve indéfiniment en se bonifiant, bien entendu.

Pour lors, tous ces vieux vivaient au domicile de l’un de leurs enfants qui, selon l’expression consacrée, les avaient « en pension ». Cela signifiait que celui de leurs enfants qui les hébergeait recevait de ses frères et sœurs une petite somme d’argent fixée à l’amiable. Cette pension était en réalité très faible car les vieillards étaient considérés comme de précieuse mains-d’œuvre et de ce fait, dédommageaient en partie l’enfant qui les accueillait. Mes arrière-grand-mères tricotaient et reprisaient toutes les chaussettes, ravaudaient le linge (raccommoder), récoltaient les simples, donnaient la main aux quatre lessives de l’année, s’occupaient des couvées et assuraient la permanence de la prière.

Mes arrières-grands-pères faisaient et réparaient toute la vannerie et la sacherie de la maison, entretenaient, raccommodaient, remmanchaient les outils, aiguisaient les lames, régnaient sur le bûcher et avec les jeunes garçons, mes cousins et moi, approvisionnaient les feux.

Si je vous raconte cela, c’est pour vous montrer comment étaient alors réglés ce qu’on appelle maintenant les « problèmes du troisième âge ». On peut avoir intérêt à méditer là-dessus, en notre grandiose époque qui pratique si délibérément l’abandon officiel des enfants et des vieillards, tout en leur consacrant par ailleurs tant d’articles exhaustifs dans la presse, tant de discours à la tribune et tant de crédits pour réaliser à leur égard la ségrégation des âges avec les crèches, les écoles enfantines, les asiles et les maison de retraite. Pour parler clair, je dirai qu’il n’y avait pas de « problème de l’enfance » ni du « troisième âge » parce que la famille assumait alors toutes ses responsabilités.

Mai de quoi vais-je me mêler là, moi, le conteur qui ne devrais que conter ?

 

Ce livre a té imprimé en février 1979 


Bibliographie

Son œuvre est fortement liée à la Bourgogne.

Liste non exhaustive:

Je fus un saint (1952)

Walther, ce boche mon ami (1954)

La pie saoûle (1956)

Les chevaliers du chaudron (1958), Prix Chatrian

Les yeux en face des trous

A rebrousse poil

La princesse du rail (1969), écrit pour la télévision

Pierre, le Chef de gare (1967)

Robert, le Boulanger (1971)

Le pape des escargots (1972), Prix Sully-Olivier-de-Serres

La vie quotidienne dans les chemins de fer au XIXème siécle (1975), Éd. Hachette, Bourse Goncourt et Prix de la revue indépendante

Le sang de l'Atlas (1975), Prix Franco-Belge

Locographie (1976)

La Billebaude (1979), Prix des Libraires

Mémoires d'un enfant du rail (1980), Hachette ; réédité sous le nom : Rempart de la Miséricorde, Éd. Anne Carrière

Les Etoiles de Compostelle (1982), Denoël

L'Œuvre de chair

La vie quotidienne des paysans bourguignons au temps de Lamartine, Éd. Hachette, Prix Lamartine

Le maître des abeilles

Les voyages du professeur Lorgnon (2 vol.) (1983-1985), Éd. Denoël

Locographie

Le livre de raison de Claude Bourguignon

Le chef de gare, Éd. Nathan

Le boulanger, Éd. Nathan

A Rebrousse poil, Éd. Denoël

Le professeur Lorgnon prend le train, Éd. N.M

 

Henri Vincenot : Dessins - peintures, 20 septembre-19 octobre 1997, Palais ducal - Centre Culturel Jean Jaurès ; Préface de Jean-Louis Balleret et de Claudine Vincenot - Nevers : Ville de Nevers, Bibliothèque municipale de Nevers, 1997

 

En 1979, une série télévisée: Le Pape des Escargots, par Jean Kerchbron et Henry Kubnick (adaptation)1.

En 2006, sa fille a écrit une biographie d'Henri Vincenot : Claudine Vincenot, Henri Vincenot, la vie toute crue, Êditions Anne Carrière, Paris, 2006, 687 pages. (ISBN 978-2-84337-386-2).

La même année, un court métrage réalisé par François Breniaux, Lune de Miel, voit le jour, adapté du dernier roman de Vincenot, Le Maître des abeilles.